Nous y étions. C’est bien dans ce vieux loft aux allures un peu lugubres, situé dans le coin industriel du quartier Rosemont, que devait avoir lieu le spectacle. Passés la porte rouillée, une salle immense aux parquets luisants nous accueille. Mes deux acolytes et moi-même effectuons notre entrée, nous remarquons la scène, située au beau milieu du grand espace. Plusieurs impatients au coude léger sont déjà postés devant, discutant. Nous déambulons ensuite vers un local plus petit, dans lequel un kiosque de tacos fait vibrer les narines de tous. La touche POP Montréal, quoi ! Souriants, nous rebroussons chemin afin de joindre le groupe aux abords de la scène.
Je suis d’abord surpris par le décor s’élevant derrière les musiciens, composé de papier d’aluminium bosselé, qui brille sous les projecteurs. À peine ai-je le temps de m’en étonner que le premier groupe, Bad Tits, s’installe sur scène et réchauffe la foule avec ce qu’il conviendrait de qualifier d’électro-rock, un brin punk. Il s’agit d’un son fêtard soutenu par des riffs solides et des boucles colorées et riches, ainsi que par la voix du batteur, digne de celle d’un chanteur d’indie rock. Pas mauvais du tout, la soirée est bien commencée. Arrive ensuite la bande originaire de Houston au Texas : Indian Jewelry. Dès leur entrée, l’immense salle est envahie par des riffs sales et rugueux, des percussions puissantes et hypnotisantes, des mélodies élaborées et truffées d’effets sonores et de distorsion. Dans ce capharnaüm post-punk aux contours psychédéliques, les spectateurs s’entrechoquent quelque peu, les passions s’animent.
Puis, après une petite pause, le band que tous attendaient avec impatience s’empare de la soirée : Holy Fuck. Brian Borcherdt et Graham Walsh à la console, Matt Schulz à la batterie et Matt McQuaid à la basse : nous sommes partis. Une longue introduction, serpentant dans les basses fréquences, fait d’abord vibrer toute la bâtisse. Et puis hop! ils s’élancent. On retrouve d’abord le genre de pièces à laquelle la formation nous a habitué : des morceaux instrumentaux mettant en valeur un électro rock bien senti, parfois un peu punk, parfois davantage indie rock, regorgeant d’effets sonores en tout genre, de feedback plein de distorsion et de voix floues, débordantes de reverb. La foule adore, on sent l’enthousiasme gagner même les plus sceptiques. Puis, le quatuor enfile quelques morceaux étonnants, probablement tirés de leur dernier album (que je n’ai toujours pas écouté au moment où j’écris ces lignes). On a alors droit à des rythmes funk, des riffs malicieux, des lignes de basse pleine de soul qui charment la foule, assouplissent l’atmosphère. Il y a une guitare dans les mains d’un des deux DJs, un sourire sur le visage des spectateurs et une ambiance chaleureuse qui règne dans le vieux loft. Les bras se lèvent, les têtes hochent en chœur.
Chacune des pièces jouées redouble de vigueur, l’énergie est palpable. Les membres de Holy Fuck sont les auteurs du genre d’œuvres qui transportent l’auditeur ou l’auditrice d’un point A à un point B. Vous savez, ces pièces qui semblent raconter une histoire, qui semblent comporter un fil conducteur. On peut concevoir Holy Fuck comme une bande de conteurs instrumentaux, au ton énervé et à la forme d’acier, aux airs sombres et au sourire facile. Un cocktail épicé, aux ingrédients bien dosés.
Lorsque les quatre musiciens quittent, la foule, encore un peu affamée, s’époumone à scander les trois syllabes de l’heure, parvenant finalement à les faire apparaître sur scène. Ils y vont de deux chansons juteuses pour la fin, incluant des jams hallucinants, un dessert qui rassasie la plupart d’entre nous.
La fraîcheur de l’automne nous attendait dehors à notre sortie. Un petit velours de plus, venant couronner une soirée réussie.
Voici quelques exemples de ce dont Holy Fuck est capable.
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