En franchissant le seuil du Divan Orange le soir du vendredi 5 novembre, je me demande pourquoi je n’ai encore jamais vu David Marin en spectacle. Pourtant, j’ai pu lire et entendre maints bons mots à son égard depuis quelque temps. Qui plus est, Marin a été lauréat du concours Ma première Place des Arts en 2004, et finaliste aux Francouvertes de 2006. Cette impression d’ignorance qui m’habite s’avère cependant mi-amère, mi-sucrée : oui, je me rends compte que quelque chose manque peut-être à ma culture, mais je le réalise au moment où je remédie à la situation. Ha !
J’ai donc déjà un sourire accroché au coin des lèvres lorsque je me tire une bûche aux abords de la scène. Je ne demeurerai pas assis bien longtemps, cependant. Lorsque les groupes La Greffe et Voilà! s’élancent sur les planches, je ne peux réprimer l’envie de me lever et de bouger un peu. Leur musique aux accents résolument indie rock me paraît irrésistible ; je n’y résiste donc point. Les deux premiers tiers de la soirée m’enchantent. J’attends donc la suite avec fébrilité
Finalement, c’est le trio de Marin qui s’installe : lui au piano et ses deux acolytes à la basse et à la batterie. D’entrée de jeu, l’auteur-compositeur-interprète originaire de Drummondville prévient son auditoire que la soirée sera plus relevée qu’apaisante, plus entraînante que relaxante. Je déduis que, bien qu’on décrive habituellement sa musique comme du folk-rock, ce sera le rock qui sera au menu ce soir. Je m’en trouve fort aise, vu mon humeur fêtarde. Dès la première pièce, je me rends compte que le musicien n’est pas un menteur. On a le droit à des riffs de guitare débordants de fougue, des percussions tonitruantes et des lignes de basses ensorcelantes. La foule n’a droit à aucun moment de répit, les trois musiciens enfilant une pièce endiablée après l’autre, ne s’arrêtant que pour annoncer la chanson suivante. La complicité entre les trois membres du groupe est palpable, surtout lorsque leurs instruments s’expriment à l’unisson lors de montées auditives effrénées, qui semblent ne jamais vouloir plafonner. On peut parler de gros rock sale, qui déménage à souhait, mais que les notes de piano allègent un brin, juste assez.
La maîtrise de leur instrument par chacun des membres du trio m’épate, mais c’est assurément Marin qui m’impressionne le plus. Son clavier passe par toute la gamme des émotions : il est parfois martelé lors de moments de folie, ou alors caressé lors des premiers instants d’une chanson qui finit par décoller. Quiconque observe de près la manière inspirée dont les mains de Marin se meuvent peut témoigner du fait qu’il semble véritablement y avoir symbiose entre le musicien et son instrument.
Peu familier avec les chansons de son seul album À côté de d’la track, je ne profite pas de la qualité de ses paroles autant que je pourrais. Je peux cependant en attraper des bribes à certains moments, assez pour comprendre que le rockeur revêt aussi la chemise du poète à ses heures. On ne devient pas finaliste des Francouvertes en écrivant n’importe quoi, semble-t-il. Je me promets d’ailleurs d’en apprendre plus sur la plume de ce musicien qu’il semble raisonnable de qualifier d’assez génial. Je suggère à tous les adeptes de rock bien composé et de paroles bien écrites de faire de même. À surveiller…
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