En sortant du Metropolis le 10 novembre dernier, ma comparse échappe: « Le monde serait un meilleur endroit où vivre si tout le monde était comme Michael Franti! » Le sourire aux lèvres, je ne peux m’empêcher d’acquiescer.
En effet, il est difficile pour quiconque de nier que lorsque Michael Franti et sa bande s’emparent de la scène, le climat se teinte de bonheur. Leur musique revigore, parfois d’un ton revendicateur (Light Up Ya Lighter), parfois tout en douceur (Sweet Little Lies), sans pour autant tomber dans les clichés et les insignifiances. La formation californienne et son leader se distinguent par un son qui, tout en étant résolument reggae, zigzague d’un genre à l’autre sans se gêner; quelques accents punk par ici, une touche de soul par là, deux ou trois pincées de rock à gauche et à droite, le tout parsemé de passages indéniablement hip hop. Ces derniers n’ont pas de quoi étonner, car avant que le long préfixe « Michael Franti & » ne s’ajoute à son nom, le groupe Spearhead offrait au public un hip hop velouté, tantôt relax et langoureux, tantôt funky et coloré.
Avant le début du spectacle, j’effectue un tour d’horizon, balayant du regard les quelques centaines de personnes grouillant sur le parterre. L’ensemble des adeptes de la musique de Michael et ses acolytes se caractérise par une diversité vivifiante: un groupe de femmes dans la quarantaine vêtue de rose et mauve, deux ou trois adolescents au grand sourire et aux longs dreads, une bande de fous au sommet de leur vingtaine aux t-shirts humectés de bière, un vieux routard au blouson de jeans ayant certainement franchi le cap du demi-siècle.
Les fans au Metropolis n’attendent pas longtemps. Aussitôt les musiciens arrivés sur scène, le rythme s’empare de tous et les gens présents commencent à se dégourdir, un sourire leur illuminant le visage. Toute la foule valse doucement de droite à gauche, tous les bras sont levés, tous les genoux plient et déplient en suivant la cadence. Dès la troisième pièce, des dizaines de spectateurs sont déjà invités sur scène pour festoyer avec les membres du band. Chaque musicien paraît complètement disjoncté : les guitaristes sautent un peu partout, le percussionniste joue à s’en rompre les paumes, le bassiste semble plus être à la merci de son instrument que l’inverse… C’est beau à voir!
Le groupe joue des succès tirés d’à-peu-près tous leurs albums, mettant l’accent sur les pièces qui permettent à leur public de bouger un peu. Fidèle à son habitude, le grand Michael descend de scène, traverse la foule avec son micro et sa guitare et joue plusieurs chansons debout sur une table au milieu de la foule. Les adeptes buvant la musique leur étant offerte se meuvent d’une variété de façons : ils s’entrechoquent parfois, rebondissent les uns sur les autres en d’autre occasions, puis se tiennent carrément par les épaules à un moment.
Franti parvient à apaiser ses adeptes déjà charmés, en multipliant les appels à l’humanité entre les différentes pièces, en dansant de manière à faire voler ses longs dreads dans tous les sens, en criant certaines lignes de ses chansons pour qu’on les entende :
« Life is too short to make just one decision
Music’s too large for just one station
Love is too big for just one nation and
GOD IS TOO BIG FOR JUST ONE RELIGION! ».
Au terme de la soirée, les vibrations positives de la musique de Spearhead me colle encore à la peau. Je suis serein, enjoué malgré le froid effronté de l’hiver naissant, léger malgré la lourdeur qui pèse sur le monde. Il suffit d’éparpiller un peu d’amour dans l’air pour apaiser les tourmentés, semble-t-il. La formule fonctionne pour Michael Franti & Spearhead, du moins…
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