C’était samedi en fin de journée. La file pour entrer dans la Galerie de l’UQAM se rend jusqu’à l’angle des rues Ste-Catherine et St-Denis. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Enfin, oui, je sais. Je sais que Pierre Lapointe et David Altmejd sont deux grands hommes. L’un est auteur-compositeur-interprète. L’autre, sculpteur. Deux artistes qui, à leur façon, savent déstabiliser. Mais qu’en est-il lorsque leur art respectif s’entremêle?

Un moment de pure magie.

Au milieu de la galerie trône une installation visuelle de Plexiglas, fils colorés, pâte à modeler, fleurs fanées. Un genre de royaume enchanté où les libellules, suspendues du ciel, me ramènent en enfance – alors que j’étais une princesse à la robe rose bonbon. Nous resterons debout, en mouvance autour de cette plateforme intemporelle tout le spectacle durant.

Les univers créatifs de Lapointe et Altmejd s’entrecroisent dans un conte imaginaire et lyrique. “Dans un futur lointain, un roi doit laisser sa place à son fils et accéder à un autre niveau de conscience en atteignant la mort. Pour perpétuer la tradition, ce roi entreprend une grande tournée d’adieux. À son retour dans son royaume, exténué par cette route, endeuillé prématurément par l’arrivée de sa propre mort, il est prêt à vivre la cérémonie de passage.

Émilie Laforest, soprano, est simplement magnifique. Vêtue d’une robe mauve pastel, elle détonne de par sa voix polyvalente – cris, bruits, envolées lyriques, silences. Le petit Sasha Jean-Claude est tout aussi renversant. Sa voix est d’une douceur et d’une puissance perturbantes – on n’arrive difficilement à croire que le petit bonhomme est haut comme trois pommes. Pierre Lapointe, couvert de tatouages colorés, a été à la hauteur de sa réputation. Juste et touchant.

Mon coup de coeur va au Quatuor Molinari, qui a assuré la musique tout au long de la prestation. J’ai été bouleversée, littéralement. Composée par Yannick Plamondon, elle rappelle le son baroque, en provenance d’un monde lointain.

Conte crépusculaire, c’est un tableau vivant. C’est un hymne à nos héros imaginaires. C’est une expérience interactive unique. C’est un espace intemporel.

Et le monarque s’envolera…