Redbeard & the Revolution

Ah, quel monde fascinant que celui de la musique! Il s’agit réellement d’un domaine qui est beaucoup plus grand que lui-même, qui dépasse les limites de la seule création et qui s’aventure du côté de la définition d’une époque, ou même d’une culture toute entière. Chaque époque, lorsqu’on l’observe sous la lentille de la musique, possède sa couleur, ses particularités et son climat musical, ce dernier étant souvent défini par le climat social du temps.

Or, parfois, lorsqu’un style musical émerge, un certain rituel l’accompagne. On dansait dans les salles de bal à une époque, on buvait un verre de vin dans les salons poussiéreux à une autre et on se défonce dans les mosh pit à la nôtre.

Parmi mes phénomènes culturels favoris, on compte certainement celui du “screwface”, que je propose de traduire par “face de baise”. Si vous avez déjà mis les pieds dans un rave, vous savez de quoi je parle. Dans ces événements, quiconque est assez observateur remarquera que le moyen de prédilection qu’on adopté tous les adeptes pour communiquer leur appréciation d’une séquence particulièrement pesante et juteuse (voire jouissive, pour demeurer dans le thème!) est ce fameux visage jubilatoire, renfrogné par l’émotion, resserré par la gratitude. La face de baise, quoi.

Et c’est là que je veux en venir (pas de mauvais jeu de mot): cette manière de réagir à l’effet qu’un passage qui bûche au milieu d’une pièce musicale peut avoir sur soi constitue un rituel qui ne date pas d’hier. En effet, rappelons-nous que, dans les années 80, les écouteux de punk et de métal arboraient des faces de baise difficiles à battre. Étrange coïncidence, ou rapport de cause à effet entre la musique qui varlope et le visage humain? Difficile à dire.

Quoi qu’il en soit, c’est à ceux et celles qui sortent encore leur face de baise pour absorber des riffs de guitare électrique du tonnerre que j’adresse ce modeste article. Ceux et celles qui sont toujours titillé(e)s par la distorsion, la rage au coeur et la sueur; par le punk tout sale, le hard rock puissant, qui frise parfois le métal. Heureusement pour ces adeptes, il existe encore des groupes qui jouent dans une arène qu’on pourrait qualifier d’old school. Il existe encore des groupes comme Hardwired et Redbeard & the Revolution.

Dans leur spectacle à l’Absynthe du 1er juin, le premier a déchiré l’atmosphère à grands coups de punk mélodique, de voix éraillées et de tonitruance granuleuse, tandis que le deuxième a embarqué la foule dans ses mouvements complexes, hyper distincts les uns des autres et complètement déchaînés. Jamais la face de baise n’a quitté mon visage. Quelle tempête de rock, quelle énergie fulgurante, quelle soirée! Le guitariste Bob “The Touch” de Redbeard & the Revolution a même fini le spectacle avec la main maculée de sang. On est rock’n'roll ou on l’est pas, que diable!

Alors, que ceux et celles qui aiment que ça déménage un peu soient prévenu(e)s: le rock pesant continue à prouver qu’il est florissant dans la métropole. Si vous n’en êtes pas convaincus, surveillez Hardwired et Redbeard & the Revolution.

Ci-dessous, un vidéo d’une performance live de Hardwired. L’image n’est pas excellente, mais le son est assez bon pour avoir une idée claire de ce dont ils sont capables.


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