Rock progressif à la sauce néo-brunswickoise

Ernie Coombs

Il existe de ces bizarreries, vous savez. Des trucs qu’on ne s’explique pas, comme l’adresse torontoise du siège social de la Banque de Montréal, tiens, ou alors le caractère cyclique de la mode urbaine. Il n’est d’ailleurs pas désagréable que certains aspects de la pensée humaine demeurent nappés de mystère, jusqu’à un certain point.

Ernie Coombs

Pour ma part, je dois dire qu’une des réalités que je comprends le moins est le mur culturel qui existe entre deux coins de pays pourtant si près l’un de l’autre : le Québec et les Maritimes. Lorsque je parle de « mur culturel », j’entends ceci : la musique locale des Maritimes tourne sans cesse dans les radios du coin, un peu comme la musique d’ici du Québec se fait donner une chance par certaines stations locales (généralement petites : CISM, CIBL, par exemple). Par contre, les deux coins ne semblent pas s’échanger leurs préférences, comme si la frontière entre le Québec et le Nouveau-Brunswick était imperméable. La démonstration la plus éloquente de cette drôle de réalité culturelle est sans doute le passage à Montréal du groupe 1755, légendaire formation folk acadienne. Quand 1755 annonce un spectacle au Nouveau-Brunswick — qu’il donne généralement dans un immense stade — les milliers de billets sont vendus en quelques heures. Ils sont gigantesques là-bas, une vraie fierté nationale. En bien, savez-vous où 1755 a joué lorsqu’il s’est arrêté dans la métropole il y a quelques années? Dans un restaurant familial de Verdun, quelque part sur Wellington.

Pourtant, tout comme la scène musicale d’ici, la scène locale des Maritimes ne manque pas de projets excitants, que ce soit dans les arènes folk, hip hop, rock ou électro. J’irais même jusqu’à dire que cette région du pays possède son propre genre de rock (appelons-le Maritimes rock, tiens), qui tire son inspiration des projets de folk traditionnel du coin et du rock pur et dur populaire un peu partout dans le monde. Ajoutez à cela une touche relax qui n’est pas sans rappeler le reggae des années 60 et 70, et vous y êtes. Des exemples : Fugato, Grand Theft Bus, Slowcoaster, Jimmy Swift Band et j’en passe.

Heureusement pour les sédentaires urbains que nous sommes (honte à nous), il y a de ces groupes qui partent des Maritimes et atterrissent en sol montréalais, pour de bon. Il va sans dire que leur arrivée dans une ville qui leur est nouvelle doit influencer la nature du fruit de leurs efforts, car c’est généralement ainsi que se comportent les esprits créatifs. Heureusement pour nous, donc, il existe des bands comme Ernie Coombs.

Ernie Coombs, à nouveau

Ernie Coombs, c’est quatre gars de Moncton qui donnent dans un rock progressif, complexe et mûr. Leur musique se teinte parfois de touches de folk bien calculées, mais ne quitte jamais complètement l’arène du rock puissant, minutieux et souvent effréné. Lors du lancement de leur « split tape » avec Kurvi Tasch à l’Esco il y a quelque temps, il a été aisé de la constater.

Les moments remplis de distorsion juteuse, les élans mélodiques ensorcelants, les virulentes transitions (d’une précision hors du commun) entre les différents mouvements se sont succédé, dans une cohue de cris enjoués de la part du public. Le groupe ne s’est pas gêné pour assommer les esprits à grands coups de riffs originaux et bien exécutés et de mélodies planantes pleines de poésie. On s’est amusé ferme entre les vieux murs de briques de l’Esco, ce soir-là.

Allez voir vous-mêmes ce dont ils sont capables, en allant télécharger leur « split tape » gratuitement sur leur bandcamp, ou alors en visionnant la vidéo ci-dessous.

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