The Steady Swagger

Vous savez, il y a de ces soirs où on est heureux de s’être aventuré hors de la maison. Ce soir, au Petit Campus, alors que la salle est encore presque vide, je ne me doute pas encore que la veillée sera empreinte de ce caractère mémorable, celui-là même qui estompe la culpabilité d’être sorti dans un bar pour une énième fois dans le mois. On aurait dit que la nuit avait revêtu les atours de l’essayiste, qu’elle tentait de me convaincre que m’abreuver de culture (et d’un peu de bière…) constitue, somme toute, un passe-temps noble, qui vaut la peine que je m’y adonne.

C’est d’abord la voix mélancolique du chanteur de la formation Huexli Farelson qui entame l’argumentaire. Son groupe et lui-même offrent au public des percussions jouées de pied ferme, des cordes grattées de manière tantôt tranquille, tantôt énergique et très mélodique, des textes en anglais et en français, et j’en passe. Le mélange des influences est palpable : on joue dans les arènes du folk, de l’indie rock minimaliste, des chansonniers européens. La fable sur la mèche de cheveux rebelle, chantée dans un esprit délicieusement théâtral, plaît particulièrement aux spectateurs, moi le premier.

Au terme de l’étonnante prestation de cet excellent groupe local, c’est un trio de barbus qui grimpe sur les planches. Les membres de The Steady Swagger s’installent, prêts à faire des ravages. La nuit n’a donc pas terminé de me persuader du bien-fondé de ma présence dans un bar. Leur folk de pirate qui empeste le whiskey et la bière en fût, chanté par les voix écorchées de Mat Lacombe et Pi Sailin Cutler, a tôt fait d’enflammer les fêtards présents, moi le premier. Peu parviennent à résister à leurs refrains faciles à apprendre par cœur, à leur présence scénique absolument remarquable et à leur agréable tendance à faire cohabiter folk et hardcore dans un seul et même univers musical. La contrebasse de Mat ne connaît aucun moment de répit, pas plus que la guitare de Pi ou la batterie minimale d’Andrew (Blakney). Bien entendu, tous ces instruments ne manquent pas de proclamer leur rancœur d’être ainsi malmenés, à grands coups de riffs bien salés et de mélodies irrésistiblement épicées. Le trio s’y prend si bien que lorsqu’ils chantent la petite histoire de leur rencontre avec le diable dans une soirée bien arrosée de bourbon (la pièce Fire & Whiskey), on ne peut faire autrement que d’y croire un peu.

À ce moment, les doutes quant au caractère moral de mon passage par un établissement de beuverie commencent à se dissiper, naturellement. Effectivement, je me dis qu’il est indéniable que j’ai bien fait de venir faire un tour ici ce soir. Eh bien, n’allez pas croire que l’élan de rhétorique déployé par cette soirée haute en couleur s’interromprait pour si peu. Le dernier numéro qu’elle me sert a raison de mes derniers remords. Il s’agit de celui qui met en vedette le One-Man-Band montréalais par excellence : monsieur Scott Dunbar lui-même. Il entame le spectacle de la même façon qu’il gagne son pain sur le coin des rues de la métropole, c’est-à-dire en jouant de l’accordéon (ou de la guitare) avec les mains, des percussions avec les pieds, en plus de chanter de cette voix de routier un peu éraillée. Quelques pièces plus tard, il est rejoint par The Last Men on Earth, un assortiment de musiciens qui l’accompagnent dans ses compositions parfois douces et émouvantes, parfois ludiques et hilarantes, parfois sympathiques et apaisantes. Mandoline, violon, contrebasse, guitare et trombone sont au rendez-vous, pour le plus grand plaisir de tous, moi le premier. L’exquise chanson On ne sait jamais me tire plus d’un sourires.

Lorsque, à la fin de la soirée, je converse doucement avec cette gentille nuitée qui vient de me faire passer un bon moment, je la remercie sans me retenir. Non seulement ai-je jubilé en ces lieux ce soir, non seulement ai-je fait d’agréables rencontres, mais en plus, je me suis lavé de tous les regrets que j’entretenais à propos de mes quelques excès. La culture ne se consomme pas avec modération, et c’est très bien comme ça.

Pour ceux qui voudraient voir The Steady Swagger en prestation, ne manquez pas l’affrontement acharné entre le folk et l’électro, qui aura lieu le samedi 11 août prochain au Piranha Bar (coin University et Ste-Catherine). Oui, vous avez bien lu : un spectacle folk vs électro! The Steady Swagger sera accompagné d’Alek Thellend and the Jacknives pour défendre le folk. Du côté électro, ce sera Ghetto Pony et Cast of Fictional Characters qui tiendront le fort. Ça risque de barder, ne ratez pas ça! Ci-dessous, un vidéo étrange des gars de The Steady Swagger…